Mayple réinvente l’agence marketing

Les Baroudeurs de l’Innovation Managériale, Claire et Caroline, se trouvent désormais en Israël. L’occasion d’une rencontre avec Mayple, une startup israëlienne qui veut révolutionner l’agence marketing.

Après avoir mené une vie cosmopolite à Bruxelles, en Colombie, à Stockholm puis en France, Daniel s’est installé à Tel Aviv. Celui-ci a effectué 3 ans de service militaire au sein du département des renseignements de l’armée israélienne Tzahal où il a pu bénéficier d’une formation intense en informatique. Il nous confie que cette formation motive de nombreux jeunes Israéliens à créer leur start-up dans le domaine de l’I-Tech, « on applique tout ce qu’on a appris dans le monde militaire pour l’appliquer dans le monde civil » .

Daniel Madrid travaille aujourd’hui pour Mayple, une des 6 000 start-ups israéliennes dans le secteur de l’I-Tech. Pour Daniel, « Mayple, c’est pouvoir travailler avec les plus grands talents marketing même quand on a des petits budgets. […] On connecte des entreprises avec des freelances experts en marketing, on s’assure ensuite que ces experts font un excellent travail au cours du temps ». « Nos clients nous appellent un peu l’agence marketing du futur » continue Daniel.

Si Mayple emploie 12 personnes à plein temps, Daniel qualifie Mayple de « petite start-up ». Mayple a levé 1 million de dollars il y a peu, et prépare une autre levée de fonds. Mayple compte parmi ses clients des grands groupes, mais également des petites start-ups qui commencent tout juste leur entrée sur le marché. Contrôle, transparence et connaissances plurielles sont les objectifs principaux de Mayple.

Ce qui nous interpelle

« On est dans l’optique du « future of work », de l’économie des talents et du monde de demain : c’est-à-dire de moins en moins d’employés et de plus en plus de freelances » 

Mayple emploie seulement des freelances : « Les meilleurs talents du marché » nous explique Daniel. Mayple n’est donc pas une agence de marketing classique. En effet, la start-up connecte ses clients avec les meilleurs freelances du marché « avec un ex Facebook ou un ex Google par exemple » à des prix défiants toute concurrence. Ces freelances travaillent depuis chez eux, mais sont payés trois à quatre fois de plus que s’ils travaillaient pour une agence marketing classique. « On apporte une nouveauté sur le marché » nous confie Daniel. En effet, Mayple permet à des entreprises de toutes tailles de bénéficier du point de vue d’un expert marketing sans se ruiner !

Comment Mayple choisit ses freelances?

Les freelances de Mayple sont en majorité israéliens, anglais, japonais, colombiens, argentins et américains. N’importe qui peut s’enregistrer dans la plateforme afin de candidater. Il y a ensuite un processus assez strict, « on ne se fie pas juste à ce que le candidat va nous dire ou à son profil LinkedIn. […] On essaie d’avoir accès à ses campagnes marketing pour voir s’il a des résultats supérieurs à la moyenne du marché, on s’assure vraiment d’avoir des personnes de qualité dans la plateforme. Donc notre approche est assez simple : on va travailler avec les meilleurs talents et ensuite, on va savoir allouer les projets de nos clients à nos experts les plus spécialisés dans le domaine, puis on va faire du monitoring et du challenging afin de s’assurer que ces experts font du boulot dans le temps ».

Tous les « Mayplers » sont libres de travailler d’où ils veulent !

« Pour moi l’innovation managériale, c’est faire les choses de manière différente. […] C’est aussi sortir du cadre du management classique où l’employé doit faire ses heures de 7h à 18h et où il a des fonctions très définies. L’innovation managériale, c’est un peu tout ce qui sort de cette rubrique coincée un peu old school, qui a perduré et qui perdure encore malheureusement » nous explique Daniel.

Alors nous pouvons dire que Mayple sort du cadre du management classique ! En effet la start-up offre la possibilité à ses employés de travailler d’où ils souhaitent. Le CTO de Mayple est par exemple basé aux Philippines. Daniel nous explique que cela ne pose aucun problème : « Tant qu’il fait son boulot, il peut être où il veut, on ne mesure pas les heures de travail en elles-mêmes, mais plutôt le résultat ». Il nous confie qu’en moyenne, les employés de Mayple travaillent un jour par semaine depuis chez eux. Ici, il y a une seule règle qui compte « chacun se gère ! ».

Le modèle agile pour un management toujours plus performant ?

Mayple travaille à partir d’un modèle agile et cyclique où les tâches à réaliser sont organisées sur 2 semaines qu’ils appellent SPRINT. Chaque employé a un ensemble de tâches à réaliser en deux semaines et décide de sa propre organisation. « En Israël on travaille bien plus qu’en France, environ 10 heures par jour, si je n’arrive pas à finir les tâches que je me suis fixé pour les deux semaines, je travaille le samedi ou le dimanche » nous confie Daniel.

Découper son travail en micro-tâches pour une meilleure gestion du temps et plus de performance.

Mayple a laissé tomber l’approche du bloc de tâches à réaliser pour le modèle de micro-tâches. Si avant l’équipe de développement réalisait une nouvelle interface de reporting en 3 et 4 mois, aujourd’hui tout va être découpé en de plus petites tâches qui durent 2 semaines. Enfin ces petites tâches sont elles-mêmes découpées en micro tâches qui prennent environ 2 à 4 heures, Daniel nous explique que les tâches qui prennent une journée sont très rares. Chaque employé a la possibilité de voir l’avancement de ses collègues, car la clé de ce modèle, c’est aussi le travail en équipe !

Chacun est responsable du monde de tâches qui l’entoure

Une fois toutes les deux semaines chacun reçoit des tâches et doit évaluer le temps que cela va lui prendre. Il y a parfois des dépendances entre une personne et une autre, disons que chaque semaine commence un nouveau cycle de tâches, depuis la personne qui code à celle qui fait du marketing. Chacun va avoir ses tâches et à la fin des deux semaines chacun écrit un compte-rendu sur ce qu’il a fait. Chacun mentionne également s’il a fait des choses supplémentaires qu’il n’était pas censé faire. Pour Daniel, cela permet d’optimiser la gestion du temps : « Si je travaille 12h ou 7h par jour, c’est mon problème, du moment que j’ai accompli toutes mes tâches mon boss ne dira rien ». 

Travailler avec les bons outils pour gagner du temps et assurer une bonne communication entre tous les collaborateurs

Mayple utilise des outils comme JIRA – un système de gestion de projet développé par Atlassian – ou encore Slack. Daniel nous explique qu’au sein de Mayple plus personne n’utilise le mail, mais que tout se fait sur Slack, « le mail, c’est vraiment en cas d’extrême urgence ». Slack permet de fédérer et de diviser les sujets de conversation en grands groupes : Mayple a un groupe produit, un groupe général, un groupe random où les employés postent des trucs marrants, un groupe QA…. « on a aussi un groupe food, où on se dit ce qu’on va manger ce midi, car oui on mange tous ensemble ici, c’est plus sympa […] on a aussi un groupe urgent et là peu importe ce que tu fais tu dois absolument regarder car c’est qu’il y a quelque chose qui a pris feu quelque part ». « Slack, c’est un peu comme un WhatsApp pour le boulot, c’est un truc que toutes les organisations devraient utiliser » continue Daniel. 

Mayple, une organisation complètement horizontale

Un CEO extrêmement accessible, la clé d’une bonne entente au sein de l’équipe

Daniel nous explique qu’il y n’y a pas de hiérarchie au sein de l’entreprise, d’ailleurs le CEO « se voit moins comme notre boss, mais plus comme notre employé ». «Je pense qu’il y a vraiment quelque chose de culturel en Israël, on ne dit pas oui monsieur à notre boss, mais on est vraiment encouragé à donner son avis […] c’est vraiment différent de la Colombie où le boss c’est Dieu et on doit lui obéir un point c’est tout ! » nous explique Daniel. En Israël, le vouvoiement n’existe pas, et c’est pour Daniel une des explications à l’absence de hiérarchie en entreprise : « la langue a une grande importance, c’est elle qui créée l’environnement de travail ».

Le CEO, fondateur de Mayple est le plus jeune de l’équipe, « à seulement 26 ans, il en est déjà à sa 4ème start-up » nous raconte Daniel! Il espère d’ailleurs que Mayple fasse bientôt un «exit » c’est-à-dire que la startup soit rachetée ou bien cotée en bourse. « Le rêve de Mayple, c’est de se faire racheter pour 100 millions de $ et on est sur le bon chemin, car environ 99% des start-ups en Israël finissent leur vie sans avoir de client, et nous, on a déjà des grands noms ! » nous explique Daniel.

Ce CEO hors du commun encourage énormément la prise d’initiative de ses employés ! Il a plutôt un rôle de conseiller que de meneur : les employés doivent prendre les décisions par eux-mêmes et ne jamais hésiter à aller demander de l’aide au CEO.

La communication non violente et l’arbitrage pour régler les conflits

Daniel nous confie qu’il y a souvent des conflits ou des tensions au sein de l’entreprise, mais que cela a un aspect culturel important ! On parle de « Chutzpah », soit « le culot à l’israélienne » en français. En effet, un Israélien n’hésite pas à contester des décisions et a du mal à accepter qu’on lui dise non. C’est pourquoi, il y a souvent des tensions au sein des équipes.

Chez Mayple, on ne résout pas les conflits seul, mais en équipe ! Lorsqu’il y a des conflits cela ne doit pas rester entre deux personnes, il y a toujours une tierce personne pour arbitrer et essayer de régler le conflit. Cette 3ème personne est quelqu’un de l’équipe et a une fonction de médiateur. Bien sûr, on ne règle pas les conflits devant tout le monde, « on réserve une salle, on discute et on prend une décision ».
S’il s’agit d’un conflit concernant une décision et que la solution choisie n’est toujours pas la bonne, Mayple voit cela comme une période « pilote », et utilise la méthode agile de sprint afin de changer rapidement de décision si besoin. 

Une entreprise où tous les employés sont actionnaires de l’entreprise

Daniel nous explique qu’il est assez fréquent en Israël que les employés soient actionnaires de l’entreprise pour laquelle ils travaillent. Daniel nous explique que cela a été déterminant lorsqu’il a dû faire un choix entre intégrer Mayple ou une plus grosse entreprise. En effet, lorsque Daniel a été embauché, il avait un salaire très bas, mais « j’avais des parts de l’entreprise, c’est un pari, mais c’est motivant ! ». C’est également un moyen de faire en sorte que l’ensemble des employés se sentent plus impliqués dans l’entreprise. « Vous voyez, c’est un peu comme Waze où les personnes qui travaillaient là-bas sont devenues millionnaires du jour au lendemain car elles étaient actionnaires ». Nous comprenons que c’est une réelle source de motivation, mais que c’est aussi un moyen d’attirer des employés qui acceptent de recevoir des plus petits salaires pendant un certain temps. Daniel nous explique qu’aujourd’hui chez Mayple, ils ont des salaires de marché et qu’il ne regrette absolument pas son choix ! 

«Si on part avant un an, on ne reçoit rien du tout, après un an, on reçoit 25 % de ce qu’on devrait recevoir, et après un an ça se cumule tous les jours […] et ce pendant une période de 4 ans. Au bout de 4 ans, on a 100 % de nos actions». De nombreuses start-up essayent par la suite de retenir leurs employés à la fin de leurs 4 ans en leur proposant non pas une augmentation de salaire, mais de nouvelles parts. 

Le Coworking : un vieille idée qui vient d’Israël

Quand nous parlons d’aménagement de l’espace à Daniel, ce dernier nous explique que le Coworking est une idée qui a vu le jour à Tel Aviv sous l’impulsion de l’entreprise Wework. À Tel Aviv quasiment tout le monde travaille en coworking, Daniel nous explique que cela a été perçu comme une « révolution » de l’aménagement de l’espace de travail. Il continue en nous expliquant les bienfaits du coworking pour une petite start-up : « Aujourd’hui, on est 12, il y a 3 mois on était 6, à notre niveau on aurait dû prendre des petits bureaux dans un quartier pas top en Israël, mais grâce au coworking on ne paie pas énormément et on a des locaux de rêves en plein cœur du poumon économique de Tel Aviv ». 

Daniel nous explique que l’ensemble des collaborateurs de Mayple adorent travailler en openspace. Cependant, il y a aussi présence de toutes petites salles complètement isolées afin de passer des appels téléphoniques au calme.

De nouveau, nous trouvons des bars au sein des locaux – avec bière à volonté pour les employés – des petits salons pour se sentir comme à la maison, des salles pour les enfants dans les locaux… Il y a même des salles pour allaiter, ainsi que des salles de silence. Daniel nous précise qu’ici tout le monde peut emmener son enfant ou encore son animal de compagnie au travail.

 

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