Enspiral : réinventer le management.

La Nouvelle-Zélande est la terre d’une communauté décentralisée de professionnels d’horizons différents réunis autour d’un but : changer le monde. Les baroudeurs, Cassandre et Matthieu, sont allés rencontrer Susan Basterfield dans les locaux d’Enspiral.
En 2011, Joshua Vial, le fondateur, crée un espace de coworking et ainsi une communauté. Depuis sa création, Enspiral a bien évolué. La communauté rassemble des freelancers du monde entier et se définit davantage comme un laboratoire organisationnel. De cette communauté sont nées plusieurs entités et notamment la DevAcademie qui aide les membres à aller au bout de leurs idée pour changer le monde en entreprenant de nouveaux projets.

 

Nous avons rendez-vous avec Susan Basterfield dans les locaux d’Enspiral à Wellington dans l’une des rues les plus connues de la capitale : Cuba Street. Susan est connue comme le loup blanc en Nouvelle-Zélande notamment grâce à son expérience dans le milieu des ressources humaines mais pas seulement : de responsable d’une équipe de vente chez BP à responsable du développement du Resilience Institute en passant par une période de freelance en tant que coach et consultant, Susan est passée par des postes et des secteurs très différents. Aujourd’hui elle est indépendante et consacre son temps libre aux projets qu’elles mènent avec d’autres personnes d’Enspiral, entre autres la rédaction d’un livre. Nous avons discuté avec elle sur la terrasse, dans la fraicheur et sous le soleil d’une après-midi d’hiver en Nouvelle-Zélande.

 

Ce qui nous interpelle

Introduction

Une communauté de freelancers qui veulent changer le monde

 

Quelle est la mission d’Enspiral ? Quel est le sens de cette communauté ? Susan nous répond à ces questions par une métaphore : « Enspiral est un jardin, c’est une terre fertile. On y plante des graines qui nous permettront plus tard de récolter tous ensemble. La nature est bien faite puisqu’on a tout le temps des surprises !». En fait, Enspiral est un réseau de professionnels indépendants qui se retrouvent autour d’une mission : changer le monde. Ces hommes et femmes viennent du monde entier, de secteurs distincts et se retrouvent autour de projets qui les animent et s’inscrivent dans une dynamique de changement pour demain. Le réseau créé par Enspiral permet aux membres de partager leurs ressources, d’échanger sur leurs idées, de créer des équipes multidisciplinaires animées par un but. De ce fait, la communauté Enspiral a rapidement grandi pour devenir un écosystème de petites start-ups et de freelancers animés par des enjeux sociaux et économiques profonds.

 

Une organisation horizontale

La confiance

Chez Enspiral, une distinction est faite entre les membres et les contributeurs. Il faut être invité ou parrainé pour devenir contributeur. Devenir un contributeur est la première étape pour ceux qui désirent s’investir de façon régulière dans la communauté.

Le niveau supérieur d’implication est l’adhésion en tant que membre. Les membres sont des contributeurs d’expérience qui possèdent la confiance des autres membres. Ils agissent comme des leaders, dans le sens où ils accompagnent les contributeurs et les encouragent à s’impliquer dans chaque événements, missions, projets de la communauté.

 

En un mot, la structure hiérarchique s’établit sur la confiance. Pour devenir contributeur, il faut avoir la confiance d’un ou plusieurs membres ou contributeurs de la communauté. Pour devenir membre, il faut avoir la confiance de tous les membres.

 

 

Les outils

L’autorité et le pouvoir hiérarchique ne sont ni désirés ni tolérés. Il n’y a aucun patron chez Enspiral, ou plutôt il n’y a que des patrons. La culture collaborative chez Enspiral est très souvent mentionnée comme étant le substitut de la hiérarchie manquante au sein de l’organisation. Pour se faire, plusieurs outils (qui ont été créés par la communauté) sont utilisés par les collaborateurs :

  • Loomio : un logiciel d’aide à la prise de précision collective,
  • Slack : une plateforme de communication collaborative grâce à laquelle tout le monde peut communiquer et échanger sur les derniers projets et problématiques,

Susan souligne que ces deux outils ont l’avantage d’être accessibles par tous et permet donc à chacun des membres de faire entendre sa voix.

 

S’investir et investir

Il n’y a pas de salaires chez Enspiral.

Les membres et contributeurs de la communauté concentrent tous à parts égales le pouvoir décisionnaire, et se partagent le capital financier de la structure car pour intégrer Enspiral et devenir contributeur, il faut investir dans la communauté et ses projets. Chaque personne investit tous les mois un montant minimum équivalent à une bière et une pizza pour permettre à la communauté de couvrir les besoins de base. Les contributeurs et membres ont la possibilité d’investir le montant qu’il souhaite dans la communauté et de choisir à quel projet leur investissement va contribuer.

 

Lorsque les projets permettent de récolter des bénéfices, les freelancers qui ont travaillé sur le projet reçoivent chacun une part égale du bénéfice et ont le choix de la conserver pour eux-mêmes ou de la réinvestir dans la communauté pour un autre projet. Cette politique de redistribution des profits a permis le développement d’une nouvelle méthode d’allocation des personnes aux projets. Le modèle financier est simple et direct et peut être résumé en une seule phrase : « Payez ce que vous voulez ».

 

Par la suite, tous les membres vont utiliser la marque « Enspiral » pour promouvoir leurs services individuels ou en équipes auprès des parties prenantes externes.  Susan ajoute : « Dans notre secteur et notre marché, il y a beaucoup de personnes talentueuses et de projets à réaliser. Chez nous, en plus de tout cela, il n’y a ni budgets clairement définis, ni de livrables impératifs ». Aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est leur façon bien à eux de réaliser leurs projets, d’attirer leurs talents et surtout de changer les codes établis !

 

Réinventer le management

Travailler ensemble à distance

 

Les progrès technologiques ont permis aux freelancers d’Enspiral d’évoluer en un réseau mondial totalement décentralisé de professionnels indépendants qui mise sur l’importance de la circulation de l’information.

Susan nous explique que cette façon de s’organiser s’inspire d’organisations du secteur high-tech. Lors de la croissance d’Enspiral, tous les membres et contributeurs se sont plongés dans l’élaboration d’un système qui permettrait une redistribution totale des bénéfices, de l’information et du pouvoir tout en utilisant des méthodes digitales et en gardant en tête leur mission : changer le monde. Le but était de créer un environnement où les personnes sont capables de s’organiser ensemble, de s’entraider et d’innover, et tout ceci malgré la distance.

 

Après plusieurs années de test, un schéma a émergé, puis le premier problème est apparu et c’est ainsi depuis le début. Ainsi différentes alternatives voient le jour jusqu’à ce qu’une meilleure méthode organisationnelle ressorte des discussions et soit mise en place. Ils essaient, échouent, recréent, itèrent, et enfin s’améliorent. Une fois la méthode mise en place et la solution trouvée, elles sont systématisées en interne et consultables en OpenSource. C’est en ce sens que Enspiral fait figure de véritable laboratoire organisationnel, qui à tâtons, a réussi à trouver son chemin et à créer une culture, une structure et des méthodes d’entreprises qui lui ressemblent et évoluent sans cesse.

 

Les « communities of purpose »

Ensemble pour un même but

La base de la collaboration chez Enspiral réside dans le partage d’expérience et l’entraide des freelancers entre eux. C’est dans ce sens qu’Enspiral a créé les Enspiral Tales. Ce sont des moments dédiés pour développer la forte culture de partage qui caractérise la communauté. Il s’agit d’évènements internes organisés autour d’une thématique qui permet aux contributeurs et membres de partager leur expérience et leurs connaissances au reste de la communauté.

 

C’est souvent ainsi que se crée par la suite des affinités et des connections entre les personnes qui donnent lieu à la création d’idées et de projets. Enspiral se compose ainsi de communities of purpose qui sont des groupes de personnes animées par le même but. Ensemble elles innovent et changent la donne dans des secteurs différents en fonction de leurs idées et de leurs compétences. Susan souligne : « Le collectif n’est plus animé par un manager qui doit fédérer une équipe autour d’un projet, mais bien par le collectif lui-même, qui grâce à son appétence pour le projet se fédère de façon autonome et surpasse les performances espérées. »

 

Thanks Channel

S’entraider et s’aimer

 

L’implication au sein de la communauté Enspiral est souvent de l’ordre du bénévolat. Susan nous explique donc que ce qui fait tenir Enspiral c’est non seulement la mission à laquelle ils adhèrent tous, mais aussi les relations qu’ils tissent entre eux. Afin de permettre aux membres et contributeurs de se connaître davantage, surtout lorsqu’ils sont loin de la Nouvelle-Zélande, Enspiral organise des retraites. Il y a deux retraites par an auxquelles tous les adhérents sont conviés afin de partager leurs centres d’intérêts, discuter ensemble de nouveaux projets et créer des affinités. Tout est mis en place pour encourager les échanges qui permettront ensuite une collaboration productive pour entreprendre le changement.

 

Un sentiment primordial pour créer cette atmosphère de symbiose entre tous les membres : l’amour. Le mot Love est utilisé couramment au sein de la communauté. Pour Susan, l’amour revêt une importance très particulière et le mot love est utilisé très souvent chez Enspiral. De l’amour naît naturellement la confiance, l’entraide, le soutien, la collaboration etc…

Les membres et contributeurs d’Enspiral ont ainsi développé sur Slack un Thanks Channel, qui est un fil de discussion dédié à la reconnaissance, à l’empathie, aux messages de motivation et de soutien. Les collaborateurs ne se félicitent pas seulement pour leurs réussites, mais ils se soutiennent mutuellement dans les moments difficiles et partagent sur leurs échecs et difficultés pour progresser. Ils s’aiment et se le disent grâce à cette conversation collective.

Selon Susan, cet amour ne peut naître que si certains critères sont respectés : il faut bien évidemment que les collaborateurs trouvent dans la mission de l’entreprise un dénominateur commun qui les rassemble et qui les anime à innover ensemble.

 

En plus

Notre ressenti

Avant même de prendre notre premier avion, nous avions repéré cette communauté en Nouvelle-Zélande. Nous n’avons vraiment pas été déçus, Susan nous a accueilli chaleureusement, et nous a permis de rentrer quelques instants dans le quotidien d’un freelancer chez Enspiral. Les pratiques mises en place chez Enspiral nous ont vraiment inspiré. Nous avons découvert de nouveaux concepts et avons vraiment été étonné par leur facilité à créer, à se rassembler, à collaborer, pour toujours innover. Et cela tient en une chose : rassembler les bonnes personnes autour de projets qui ont du sens et qui les passionnent. Tout un art…

 

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